les Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse

Carolee Schneemann

Livres, publications, textes, documents
Du 19 septembre au 25 janvier 2020
Bibliothèque des Abattoirs
Carolee Schneemann, "Parts of a Body House". Texte. In : Wolf Vostell & Dick Higgins. Fantastic Architecture, [New York] : Something Else Press, 1969. Pages 62, 65 – 72, 77 – 80

Les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse rendent hommage à l'artiste Carolee Schneemann (1939-2019) avec une exposition Livres, publications, textes et documents à la Bibliothèque des Abattoirs, co-produite avec le cdla (Centre du livre d'artistes, Saint-Yrieix-la-Perche), et avec la présentation de l’installation Precarious (2009), appartenant à la Collection des Abattoirs.

Carolee Schneemann (1939-2019) :

Artiste majeure de l’art américain et international, Carolee Schneemann fut une pionnière de la performance, du rapport entre cinéma, et art et fut une éclaireuse pour une première génération d’artistes féministes. Elle prend part dès le tournant des années 1960 à l’effervescente scène artistique new-yorkaise. Son œuvre de peintre et sa participation aux premiers happenings, en particulier sa performance de groupe Meat Joy donnée à l’American Center à Paris, puis à la Judson Church à New York en 1964, l’inscrivent dans la mouvance néo-dadaïste et Fluxus. Très tôt, elle a en effet l’idée de prolonger son œuvre de peintre dans l’espace, et de faire de son corps un matériau. Faisant de son art une "œuvre d’art total", elle développe l’idée d’une peinture cinétique, en mouvement (Kinetic Painting). Elle invente également l’idée d’un "cinéma élargi" à l’art (Expanded Cinema), ses films et ses vidéos pouvant aussi devenir le support de performances, dansées ou théâtrales. Son travail est aussi marqué par une réflexion novatrice sur le corps et la place sociale de la femme, exprimé dans des œuvres féministes et performatives majeures, comme Fuses (1965) ou Interior Scroll (1974). Carolee Schneemann a également été le témoin attentif et engagé des conflits de son époque, développant une œuvre d’histoire en lien avec la Guerre du Vietnam, la Guerre du Liban le 11 septembre, ou encore l’enjeu actuel de l’image médiatique et de la condition animale.

Carolee Schneemann a remporté le Lion d’or 2017 de la Biennale de Venise. Son œuvre est conservée dans de prestigieuses collections internationales (MOMA, New York ; Tate Gallery, Londres ; Mumok, Vienne, etc.), ainsi que dans plusieurs collections françaises (Musée national d’art moderne/ Centre Georges Pompidou, Paris ; Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart ; Les Abattoirs, etc.). Ses archives ont été acquises par le Getty Research Institute de Los Angeles et par l’Université de Stanford. Parmi ses dernières rétrospectives, citons Carolee Schneemann. Œuvres d’histoire (Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart, 2013 ; MUSAC, Leon, 2014) ; Carolee Schneemann. Kinetic Paintings (Museum der Moderne, Salzburg, 2016 ; Museum für der Moderne Kunst, Francfort-sur-le-Main, 2017 ; PS1, 2018).

 

Carolee Schneemann, Livres, publications, textes et documents, exposition à la Bibliothèque des Abattoirs :

Partout où il est question de théâtre expérimental ou de témoignage sur l’avant-garde, on tombe sur Schneemann […]

Laura Whittier, « Edios presents Carolee Schneemann », The Colby Echo, 1er  novembre 1968.

L’exposition présentée à la Bibliothèque des Abattoirs à Toulouse met en exergue une part considérable encore mal connue de l’œuvre de Carolee Schneemann (1939-2019), c’est-à-dire ses publications et ses écrits. Ces écrits sont aussi bien des livres d’artistes, des partitions de performances, des réalisations pour des revues, des textes du quotidien tirés de son journal, etc. Ces textes critiques, politiques, poétiques, relatifs à l’art, à la vie en société et bien sûr au pouvoir établi – aux pouvoirs établis – qu’il faut dynamiter sont une part disséminée de son œuvre, dans des formes souvent légères, qui est ici regroupée et révélée. En effet, cette part de l’écrit, sous forme de livres d’artiste, de revue et aussi de correspondance, apparaît majeure dans la réflexion critique et artistique de Carolee Schneemann.

Dès le début des années 1960, Carolee Schneemann en effet fait circuler textes et images choisies de son travail dans un réseau de revues et de publications collectives. Ce réseau s’inscrit dans des liens d’amitiés, de fidélités ou plus simplement d’affinités intellectuelles et artistiques, notamment autour de Fluxus. Dans ces textes courts, on retrouve tout ce qui fait l’écriture de l’artiste, l’extraordinaire du quotidien et des rencontres, la fabrication des choses, des œuvres, ainsi que la réécriture de l’histoire de l’art des femmes (Parts of a Body House, 1972 ; Cézanne: She Was a Great Painter, 1974) ainsi que la représentation féminine dans l’histoire et la société (Vulva’s Morphia, Ask the Goddess). On recense ainsi plus d’une centaine de textes, depuis les premiers textes de1963, en passant par ses livres d’artistes jusqu’à l’anthologie Carolee Schneemann, Uncollected Texts (éditée par Branden W. Joseph, New York, Primary Information) publiée l’année dernière.

Cette place de l’écriture dépasse le cadre même du livre.  A-B-C – We Print Anything – In The Card est un livre-jeu de carte dont l’histoire du trio amoureux évolue au hasard des cartes tirées lors de la performance. De même, plusieurs des recherches artistiques de Carolee Schneemann s’expriment aussi bien sous la forme de publications que de conférences-performances. Outre des films et sérigraphie, la diffusion de deux pièces sonores de Carolee Schneemann complète l’exposition (Mother Lexicon, 1981 et Look What The Cat Dragged In, 1988).

 

Carolee Schneemann, Precarious (2009) :

En écho à la présentation de Carolee Schneemann. Livres, publications, textes, documents à la Bibliothèque des Abattoirs, est déployée au 1er étage du bâtiment central des Abattoirs, Precarious, l’œuvre acquise en 2017 pour la collection.

Precarious (2009) est une installation vidéographique et musicale immersive dont les images quittent les murs pour nous submerger. Durant la dernière décennie, Carolee Schneemann s’est en effet interrogée sur notre consommation de l’image. Dans sa quête d’une œuvre d’histoire pour aujourd’hui, l’artiste questionne deux extrêmes qui caractérisent l’époque médiatique, le trop-plein d’images et l’impossibilité de l’image. Dans ce film-collage, se télescopent aussi bien des œuvres performatives antérieures de l’artiste, que des extraits de danses de prisonniers philippins ou encore d’une pantomime d’ours filmée par le cinéaste russe Eisenstein. Dans Precarious, sur le fil de l’ambiguïté, les images de danse, humaine et animale, figurent aussi bien la contrainte chorégraphique que la libération du corps.